Tactique ou sincérité

Posted on juillet 14, 2010

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Cela fait plusieurs jours que je cherche à écrire. De fait j’ai écrit plusieurs textes. Auncun pourtant n’est apte à être publié.
Je ne sais pas ce qui sera de celui-ci que je dois pourtant m’obliger à publier.
Je me trouve devant la page blanche. Pas exactement blanche, car je force tant que les mots s’enchaînent et remplissent des lignes, mais leur alignement est vide de sens.
Je ne sais pas ce qui sera de celui-ci que je dois pourtant m’obliger à publier.

Il n’y a de cela pas longtemps j’ai lu L’humiliation de Philippe Roth. Voici un livre que je n’aurais jamais acheté si les circonstances n’avaient été celles qu’elles furent. Nous revenions de dîner et de boire un ou deux cocktails mexicains et nous étions saôuls. J’adore dans ces conditions me rendre à la librairie, tout près de chez moi, ouverte jusqu’à deux heures du matin, où je ne peux me risquer à grand chose. C’est un endroit qui n’a d’ailleurs d’intérêt que pour son ouverture nocturne. J’achetais donc ce livre de Philippe Roth que je lus quelques jours suivants par curiosité non du livre mais de moi-même. Il ne m’intéressait pas, mais je restais néanmoins perpexle devant le renoncement catégorique de cet acteur qui, ayant été réellement mauvais sur scène, se refusait d’y remonter. Je ne sais toujours pas quelles étaient ses raisons. Mais j’ai l’intuition que ce qui m’arrive devait ressemblait à ce qui lui était arrivé.

En premier lieu un doute général sur les formes et les objectifs: à quoi sert la pensée? à quoi sert ma pensée? à quoi sert ma pensée sous cette forme? En deuxième lieu, un doute particulier sur sa propre qualité: il savait qu’il était mauvais ou qu’il avait été mauvais alors. Sur ce point ambiguë et à la fois central, on n’a jamais de réponse: soudain se rendait-on compte que l’on était mauvais (toujours), ou bien pouvait-on être mauvais passagèrement? À l’aune de quoi était-on mauvais? Cette sensation pouvait-elle être le prélude à une avancée de la pensée? Dans ce roman, ce n’était définitivement pas le cas, mais dans le mien, je voudrais que cela le soit.

Mon vertige n’est pas exactement celui de la page blanche, mais celui de la mauvaise page.  Les sensations théoriques que j’entrevois ne suffisent pas à présenter ce que je crois. Tout cela nécessite plus de travail.
Et pourtant je dois m’obliger à le publier.
Mon vertige n’est pas seulement celui de la mauvaise page, mais celui de la page. L’écriture telle que je la pratique n’exprime pas la forme de mes pensées. Je voudrais écrire en structure et en couche et écris en plate succession. Je ne trouve que les mots pour appeler mon écriture de demain “métaphorique” et “opérative”.
Et pourtant je dois m’obliger à le publier.

Je ne me trouve jamais où je devrais être. Lorsqu’il me faudrait publier dans mon blog les mille idées qui me taraudent depuis des mois, je me dédie et perds mon temps à écrire des textes informatifs à intérêt fort limité qui se publient dans d’autres espaces. Et je me trouve inspirée.
Pressée par la régularité que ma propre ambition de montrer et de dire m’a imposé, je n’en vois pas la sortie et ébauche et ébauche et ébauche des solutions abandonnées à l’état de brouillon. Alors que je conclus le soir que certains textes enfin sont clos, les doutes surgissent au matin et n’ai plus le courage de ne rien montrer et dire et ne le comprend plus.
Et pourtant je dois m’obliger à le publier.

Être à temps ou être dans les temps, dit bien ce qu’il faut être. Le temps de mon écriture est peut-être un temps d’avant, un temps des envies confondues avec le temps des idées laborieuses qui s’élaborent avec lenteur, alors je sacrifie aux temps et use, pour publier, l’usé ressort des textes postmodernes, lorsque l’on n’avait plus rien à dire.
Qui saura sans cela le sens de l’absence? Tournant autour de la chose et de moi-même, incapable de simplement donner et d’assumer le risque. Complique les formes. Sans fin.

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