Imaginons et diffusons!

Posted on juillet 19, 2010

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Introduction

Le futur se modèle. Nous redécouvrons les vertus du possible. Après un temps de restriction imaginative, les horizons nous sont ouverts: les premiers signes apparurent de ci de là dans les romans, dans les théâtres, dans les extrapolations osées et imprécises prêtes à surgir dans des espaces inattendus…
Le futur se modèle. Nous redécouvrons les vertus du possible. Après un temps de restriction imaginative, les horizons nous sont ouverts.

Le futur se remodèle non par les faits mais par les rêves et les visions: le futur s’invente et se diffuse comme un possible; chaque fois qu’il est partagé, il devient une représentation du futur chaque fois un peu plus dominante et donc un peu plus accessible à sa réalisation. Et si “dominante”, jusqu’il y a peu signifiait convaincre les “happy few” qui détiennent le pouvoir de l’argent, du pouvoir politique et de la violence, “dominante” aujourd’hui signifie également toutes les personnes qui ont davantage d’outils à leur service pour informer, pour créer, pour modeler selon leurs rêves leurs zones de vie. Rêve contre rêve, l’enjeu du futur tient en la diffusion de sa représentation.

Au- dessus de la ville, Marc Chagall, 1914-1918

Aujourd’hui, selon si l’on a la chance de pouvoir rencontrer ces microcosmes de création qui étendent leurs racines progressivement au reste des espaces encore isolés de leur rêve, l’on peut contribuer avec gloutonnerie à l’expérimentation des futurs possibles: de nombreuses barrières ont été si vite démolies.
Evidemment, il faut avoir de la chance: penser les temps nouveaux sincèrement est loin d’être la norme, et vouloir les expérimenter encore moins. Le contexte territorial ou on line d’une telle entreprise est essentiel. Ici, le rêve est incompris, là bas il est déjà mis en pratique. On peut tout perdre à n’être pas au bon endroit, ou alors l’on fait preuve d’un courage immense pour croire et pour avancer sans ciller.
Le temps du rêve est un temps équilibré: il faut avoir toute sa tête à soi pour pouvoir voir et créer. On ne peut être bringuebalant, arraché, rampant, souffrant, à demi-mort: cela n’offre que les récits circulaires d’un regard autocentré et harassé. Le temps du rêve est un temps excitant et optimiste. C’est pourquoi les rêves, les mots, les actions négociés dans un espace informé doivent s’accompagner de dispositifs de médiation nouvelle.
En de nombreux endroits néanmoins, sans être à l’abri de rien ni de personne, aujourd’hui des gens pensent et créent. Qu’est-il donc arrivé? On sentait bien venir depuis le début du siècle la crise de la création artistique, cette enclave de la création que s’était arrogé ou que l’on avait offert à un groupe limité de personnes qui se baptisaient eux-même artistes. C’est ainsi d’ailleurs qu’on nous les représentait et que nous le croyions: ils étaient les marginaux nécessaires qui rêvaient les mondes à jamais impossibles. Cette appropiation exclusive de la création a d’une part privé la société de la pratique de la vision et de l’imagination et a d’autre part séparé la création de l’action. Que se passe-t’il? Depuis la fin du Xxème siècle, la force de changement de la création s’en va se diffuser dans tous les champs de la production humaine. Et voici que, renouant avec le potentiel de l’imagination, nous comprenons qu’il suffit de voir et de sentir, pour entreprendre avec enthousiasme la création de notre monde.
D’une façon fascinante, comme le XVIIIème fut le terrain théorique de la révolution française elle-même terrain d’expérimentation politique des trois siècles suivants, le Xxème siècle a été le siècle de la production de théories artistiques (dada, Duchamp), littéraires (théories de la réception) et philosophiques (théorie du regard, du fragment, du sujet, du mot comme lieu de multiples énonciations, rizome) qui aujourd’hui se mettent en branle grâce à la conjonction technique qui le permet. Mais l’état d’effervescence actuel n’a pas à se calmer. Il est hors de question que, de nouveau, les outils de la création nous soient confisqués. Si la tendance à la discrimination conduit nécessairement à une normalisation des utilisations et à une exigence de simplification, il nous faut trouver les moyens de maintenir l’effervescence de la façon la plus juste possible afin de multiplier les rencontres et les possibilités de négociation.
Les institutions de l’imagination sont des instutions créatives et positives. Elles ne limitent pas mais insuflent et veillent avec bonté à ce que que tous puissent participer dans les conditions similaires à l’oeuvre de création qui jamais n’est unique, mais se compose de négociations infinies pour modeler le monde à notre image.
Chaque mot que je pose est mon rêve de monde que je donne à ceux qui voudront bien le prendre et chacun de nous, termes de cette rencontre incontrôlée, depuis le lieu où nous voyons et habitons le mot, nous le prendrons comme le prisme de nos actions.

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