Commencement

Posted on septembre 8, 2010

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Image du Générateur poiétique d’Oliver Auber

Depuis quelques mois, ma situation personnelle a suffisamment changé pour me permettre premièrement de m’approcher aux abords de sentiers que je crois moins battus, et qui, depuis quelques jours, me conduisent à repenser des activités qui me paraissaient acceptables de toute évidence. J’ai l’impression qu’il me faut abandoner les lieux et les personnes avec qui, pourtant, depuis plusieurs années je me trouvais à l’aise pour des raisons qu’en l’état je ne parviens qu’à entrevoir. Je sens avec certitude qu’il faut que je me retire.

Il s’agit avant tout d’une question de méthode et d’enjeu.

Je ne pense pas liquider les valeurs morales : c’est encore en me posant la question de la bonté que je parviens à me situer au monde comme actrice et comme observatrice. Je comprends néanmoins qu’il n’est pas impossible que ma perspective soit maladroite et pauvre, et souvent je ressens la possibilité d’un autre regard que pour le moment je n’ai pas encore construit ou adopté.

Je ne tiens pas à mes visions personnelles; je les érige avec lenteur et laborieusement puis, y tourne autour sans répit, les bouscule: car elles ne me sont rien si ce n’est des étapes pour comprendre ce que je traverse.

Je voudrais ne jamais troquer la douleur d’une seule personne contre la victoire des tous mes mots. J’aimerais toujours plus le geste, le sourire ou les larmes, les regards amoureux, le corps meurtri, les insultes et les cris de n’importe quel humain qu’aucune production. Un instinct immense de survie et de protection me conduit à voir les phénomènes depuis l’humanité. Or, les nouveaux triomphants, en passe de liquider les forts apeurés, piétinent aveugles les exclus de leur triomphe. Ils désirent – ou bien en ont tout l’air – tout saccager et tout oublier dans leur ignorance et la quête de productivité barbare.

La logique communicationnelle m’est étrangère et ne m’intéresse pas, bien que je ne doute pas que l’exercice individuel de la pensée soit dépassable. C’est encore ce que je cherche. Les manifestations des identités dessinent des pratiques coexistentes qui répondent à l’économie d’un contexte d’énonciation et d’une attente qui ne les met pas en tension et surtout pas en incohérence, bien au contraire. En revanche, la réinterioristation par les identités de leurs différentes pratiques nécessite un changement dans leur articulation adapté à l’évolution des conditions sociales de l’existence, ce qui exige, soit la construction sociale des cadres de sa reconstitution/négociation, soit la construction individuelle de tels cadres, exigeant à son tour un vaste talent d’entendement de soi et de traduction de ses désirs de représentation et l’élaboration, certainement tactique, d’un appareil théorique qui permette une telle circulation des identités. La redéfinition de l’identité et la prise en considération du lieu de l’énonciation sont un enjeu majeur de la compréhension de la reconfiguration sociale, culturelle, politique et économique actuelle et de son implémentation.

Depuis le lieu d’où j’écris, je ne parviens la plupart du temps à reconnaitre aucun niveau d’analyse ni genre textuel en vigueur; depuis le lieu d’où j’écoute, je tente une analyse capable simultanément d’embrasser cadres et contenus, les appelant ainsi ici et maintenant afin de donner un moyen de les imaginer. L’analyse qui en ressortirait pourrait intéresser certaines personnes. Mais les incursions étranges ou directement anormales de ce “je” duquel il m’est imposible de m’écarter, depuis lequel j’écris et que j’ai choisi de manifester pour ne tromper personne, quoiqu’il soit impossible de savoir qui il est, manifeste explosivement l’articulation entre création et manifestation d’un “je” vivant et pensant (?), et conduit à questionner les formes traditionnelles de l’écriture et de l’attention. Quel est le sens des masses de mots amassés et quel est leur objectif? Pourquoi d’autres devraient-ils les expérimenter puisqu’il n’y a rien de vrai et qu’il n’y a pas d’histoire non plus?

En fait, la modulation des identités et la limite de leur expression à chaque moment renégociée vient brouiller la signification de ces formes d’énonciation. C’est là sans doute qu’il faut trouver des nouveaux modes de dire qui rendent supportables l’articulation entre “je” et “autres” vers soi et vers les autres.

Bien que renonçant déjà à jouer le rôle d’une introduction à un projet qui jusqu’alors n’en était pas un, ce texte me/nous pose des limites théoriques et opératives,  constructions d’une recherche angoissante : discipliner le rapport de l’identité à soi afin de dessiner le mode de dire dont j’ai besoin.

Angoissante tant qu’elle va.

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