Ceux que les citoyens savent et ce que les dirigeants ne savent pas. #Spanishrevolution, une bataille du savoir

Posted on juillet 14, 2011

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Des problèmes techniques m’ont empêché de publier cet article en son temps. Je le publie donc maintenant, bien que sa date d’écriture remonte au 18 mai 2011.

Ceux que les citoyens savent et ce que les dirigeants ne savent pas.
#Spanishrevolution, une bataille du savoir

A la Puerta del Sol, le kilometro cero de la capitale espagnole, se sont réunies depuis le 15 mai, #15m en language twitter, ceux qui ont été d’abord quelques centaines de personnes et qui sont devenues entre 10 000 et 25 000 personnes selon les oscillations habituelles que l’on connaît entre chiffres officiels et chiffres des organisateurs. Les tentes montées de l’#acampadasol se maintiendront jusqu’au 22 mai date des élections et essaiment dans l’ensemble du territoire espagnol. #yeswecamp symbolise l’action réelle des citoyens face à un « yes we can » symbolique d’un discours politique magique et inefficace. Les subjectivités aussi sont différentes : le « we » des citoyens est un « we » anonyme, être réel de voix cumulées qui laissent la place à tous et ne cachent personne; le « we » d’Obama est le « we » monarchique, organique et paternel, celui du père dont la volonté décide du bien collectif de ces enfants, ces sujets.
Les personnes réunies sont peut-être les mêmes ou les héritières du mouvement nolesvotes qui s’est éveillé au lendemain du passage de la loi Sinde – il est important de souligner la place du droit dans ces deux mouvements -, déclencheur puissant de l’expression claire de la séparation brutale entre un peuple exigeant, formé et global et un groupe au pouvoir dépassé, médiocre, sourd se pliant aux logiques industrielles. Quoique dans les interstices, il y ait des situations troubles qui garantissent peut-être la pérennité du monde passé et, que, parmi les propositions démocratiques se trouvent les germes d’un autre pouvoir. Mais le jeu sans doute en vaut la chandelle, la situation sans être désespérée est intenable pour des milliers de personnes, et le divorce entre l’entendement du monde de la part de millions de personnes et les groupes dirigeants se lit dans l’interprétation parfaitement erronée d’un tel mouvement dans des logiques duales qui n’ont plus de sens. En d’autres termes, ceux qui sont dans la rue sont ceux qui savent et demandent à exercer leurs droits de citoyen. Il n’y a ni partis ni syndicats. Il y a des citoyens responsables qui connaissent les solutions à leurs problèmes et qui sont prêts à les mettre en oeuvre.
La compétence technologique et le potentiel de communication virale de ces deux mouvements
montrent à la fois la maturité d’individus aguerris à collaborer et leur compétence à manier des outils technologiques; l’écho dont il bénéficie se fonde sur l’influence médiatique de certaines personnes participantes – Javier de la Cueva, David Bravo, Nacho Escolar éditorialiste de El Publico, José Luis de Vicente qui a été le point de connection avec un contributeur de Boing Boing, Leila Nachawati qui a écrit un billet pour Global Voices, Juan Luis Sanchez periodista de Periodismo Humano… -, de la rapide organisation de la communication – page de recommandations, compte twitter @acampadasol, multiplication des photos, canal de streaming …) mais provient surtout de l’adéquation entre le mouvement et la société : il catalyse le sentiment général : assez de se faire prendre pour des idiots.
Les propositions de la Spanishrevolution en plus de constituer un programme de transformation
concret et accessible montrent la compétence des citoyens et sont une vive contestation de
l’antienne selon laquelle idées et imaginations auraient disparu du champs du politique. Elles ont juste changé de camp, elles se trouvent aujourd’hui du côté des amateurs. Mais y a t-il des amateurs dans la vie politique? Le citoyen est-il un amateur? Ou bien ne s’est-il pas fait plutôt exproprier de ses droits par les professionnels de la politique?
Dans cette perspective, la recherche de leader que certains appellent est un contresens alors que l’accusation de n’avoir pas de plan postérieur est une autre preuve de l’incompréhension de ce que signifie le mouvement et de la nature de cette nouvelle démocratie, de cette « Démocratie réelle ».
Personne ne veut prendre le pouvoir; personne ne veut qu’un nouveau parti affleure et que de celui- ci ou de celui-là viennent les lendemains qui chantent; personne surtout ne veut d’un tyran démagogique. La démocratie réelle est une démocratie d’échelle non représentative dans laquelle les citoyens ont de véritables pouvoirs de censure et dont la moralisation garantit l’accession au pouvoir à des personnes mues par la volonté de réaliser des projets collectifs bénéfiques à tous et non à un intérêt personnel souvent vulgairement sonnant et trébuchant. Maintenant le seul réel enjeu, enjeu qui court au sein de tous les mouvements, est le moyen de transformation opératoire du mouvement.
On voit mal le PSOE branlant, corrompu, inutile, et désorienté accueillir en son sein les
propositions qui rendront impossible sa survie, bien qu’il ait voulu récupérer le manifeste en le publiant sur sa page Web!!! Ne parlons même pas du PP. Les efforts des citoyens de se former en comités et d’agir sur leurs réalités locales ne peuvent pas, selon moi, supporter les exigences et les lois d’Etats qui prennent et en échange ne donnent rien.
Ce mouvement est peut-être une révolution : une révolution profondément citoyenne qui viendrait corriger une série de dispositifs qui ne sont plus adaptés aux exigences sociales, rétablissant l’entente entre normes et société.

L’ensemble des références ici : http://www.pearltrees.com/fredjohanna/spanish-
revolution/id2868075

 

 

 

 

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