Mauvaise langue

Posted on août 3, 2011

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The bus is a time machine.
Les changements idéologiques par lesquels je passe dépendent des résurgences de mon passé. Or mon passé souvent ressemble à mon présent. Mon passé est mon présent quand je suis en ce lieu de ma naissance et de ma vie désormais, car je suis revenue vivre au lieu de ma naissance.

Ce passé demeure bien le passé, cloisonné et presque mort – c’est-à-dire que je l’oublie, qu’il m’est étranger et que ses effets sont neutralisés – dans le lieu où j’avais construit une autre vie.

C’est image contre image. Appartenance contre appartenance. Chocs et écartèlements.

Désormais, amoindrie, dans un état que l’on peut bien considérer comme un état de choc à peu près constant, affaiblie par l’environnement et l’isolement, abattue par les conséquences de l’extériorité avec laquelle je me traite moi-même et m’ignore, maltraitée tant par les bienveillants que par les malveillants, cruellement renvoyée à leurs signes et à leurs références, faible et victime, et malinterprétée, je n’aurai jamais l’occasion d’ouvrir une fenêtre pour leur faire voir le monde ailleurs car ils ignorent intégralement cette possibilité.

Ma mauvaise langue – la trace cachée de ma non-appartenance, mon étrangéité – demeure malgré mes efforts conscients – que reste t-il d’ailleurs de la conscience? -. Je me venge d’eux et de moi-même : ma langue ne cesse de fourcher, mes enchaînements de se démanteler, mes mots de trembler, mes hésitations de se transformer en suspensions définitives du sens, renonçant ainsi chaque fois à cette collectivité-ci.

Ma mauvaise langue, ruse élaborée puisque seule j’écris et pense autrement, cherche à dire une exclusion, un désaccord.

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