Texte sur l’oeuvre du peintre Bertrand Chacun

« Il explore, emprunte des chemins totalement nouveaux qu’au surgir il apprend. Le hasard le mène à aimer la matière et à la découvrir. La matière le mène à découvrir l’objet créé, dans une continue interaction guidée par son propre plaisir qui le pousse à approfondir ce qu’il savait déjà.

Car son dessin, jamais n’a été plan, simple, directement lisible. Sa façon de travailler par étapes, qui laisse le dessin apparaître après la matière, les images se révéler d’elles-mêmes, invente une relation magique, de surprise permanente, entre son œuvre et lui. Il n’en est presque pas l’auteur. Sa manière d’explorer sans discours ni distance, de sentir, d’avoir peur, de ne pas définir, l’entraîne dans un espace complexe de regards multiples, d’objet subjectif, multidimensionnel, mais sans improvisation.

Les formes rondes de plexiglas ne sont qu’un pas de plus.

Les globes, les loupes, objet de verre ou transparent, objet de vision, plus ou moins trouble, moyen de voir mais qui déforment, posés en couche, rendent vaine la volonté de voir derrière, d’enfin savoir le dessin brut, et enrichissent, suggèrent, inventent justement l’objet, sans perdre le dessin à la fois archaïque, à la fois enfantin, celui qui vient de la matière, celui qui donc ne se nomme pas, celui qui est avant le dire.

Le dessin de ses œuvres ressemble encore à un portrait.

Il en reste les marques : leur violence. Leur déshumanisation les pacifie, amorce leur retour à la forme. Et la forme, au fond des couches de plastique, ce fond du créateur, se met à dialoguer avec les yeux des spectateurs qui regardent l’objet.

Dans ses séries précédentes, Autoportraits pour traits, où l’on reconnaissait encore la forme des visages, les deux intériorités pouvaient coexister indifférentes, se prendre soudain à la gorge, ou bien choisir de s’ignorer. On était toujours au bord de la provocation. Cette instabilité dérangeante sonnait comme un piège orchestré par l’artiste, un défi lancé au visiteur.

Désormais, il en a fini d’être l’instigateur de la bataille ou bien l’arbitre des rencontres. Au-dessus du dessin, les formes rondes créent l’objet qui réclame les regards et la lumière, s’y offre, et, possède en lui-même tous les reflets possibles. N’a plus peur.

L’artiste ne se contente plus du regard au hasard, éphémère du spectateur. Il le dirige et le fixe pour choisir les morceaux infinis de son oeuvre.

L’objet existe en relation avec l’espace et la lumière, s’y développe. Il peut devenir le coeur d’une installation. Une pièce maîtresse et ses reflets. Le dessin et autour la photo que la forme presque sculpturale exige. La lumière d’un instant, involontaire ou choisie, la lumière du jour, attendue ou artificielle, est la trace temporelle d’une réalité infinie fixée par la photo. L’objet complexe est fait de formes et de matière. Le dessin enfermé dans les volumes qui le font vivre est projeté par la lumière. Les cercles qui s’empilent recèlent en leur centre la forme embryonnaire, qui pourtant jamais ne pourra naître entière. Car l’œil du visiteur, attiré par la loupe, croit pouvoir distinguer le dessin capturé, mis sous cloche. Mais le dessin s’enfuit et le reflet ricoche vers d’autres points de mire.

Impossible de statuer. De voir pour faire naître.

Le dessin, recouvert, à moitié révélé, suspendu dans le temps, reste perpétuellement à naître, à créer.

Dans une équation paradoxale, l’épuisement impossible de l’objet en fait une œuvre entière et unique.

Les dernières oeuvres de Bertrand Chacun hissent l’objet au centre d’une relation forte avec le Temps et l’Autre. L’œuvre de cet artiste agit comme le révélateur esthétique, coloré, sensuel de cette relation originelle ».

Sur Bertrand Chacun pdf

Be the first to start a conversation

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :